aisthesis

aisthesis: percepção, sensação

Tinoco

TINOCO, Carlos. La sensation. Paris: GF Flammarion, 1997

Platon, où la sensation est au minimum l’occasion de la réminiscence, le catalyseur de celle-ci, cet élément qui n’entre pas dans la réaction chimique, mais en l’abscence duquel elle ne se produirait pas. (p. 16)


Si la connaissance n’est que ressouvenir appartenant à l’âme seule, la sensation doit se voir nettement récusée. Cette récusation va ici plus loin que ce que suggéraient les fragments héraclitéens. Les sens paraissent en effet une source totalement illégitime, dans la mesure où ils brouillent la connaissance. Ils ne livrent donc pas un matériau imparfait que l’âme ou la raison auraient charge de retravailler, mais charrient au cœur du procès cognitif ce qui le rendra impur. Les informations sensibles, délivrées par le corps, doivent alors être totalement écartées de l’enquête scientifique. Le critère en est donné explicitement : la sensation ne nous met pas en rapport avec l’objet « en soi », avec l’essence des choses. L’atteinte de ces dernières ne peut donc à aucun moment emprunter un canal sensible. (p. 43)


C’est non seulement la connaissance, mais la possibilité même du langage qui est mise en cause par le caractère variable de la sensation. En effet, ce qui nous permet d’attribuer un prédicat à plusieurs objets, la beauté, par exemple, est le fait qu’il existe une référence commune, immuable. C’est ce qui est désigné ici par le terme d’« essence ». Les choses changent, disparaissent, mais les prédicats que nous leur attribuons de manière éphémère restent à notre disposition continûment. Plutôt que de les supposer créations arbitraires de notre esprit, auquel cas toute prédication devient suspecte et le scepticisme, général, Platon émet l’hypothèse d’idées ou d’essences avec lesquelles nous serions en contact, par un moyen qui ne peut donc être la sensation. Cari’« en soi » est ce qui ne subit pas le devenir, alors que nos sens nous livrent des objets changeants. (p. 45)


(Les Idées) engendrent les choses sensibles par le biais des réalités mathématiques et toutes les qualités se résolvent en de purs rapports géométriques. Platon montre que c’est bien à partir des problèmes posés par le sensible que la pensée développe les outils qui amèneront le savoir. Ici il s’agit de la présence de régularités, notamment dans le domaine cosmologique, qui conduit à l’invention de l’algèbre ; dans le livre VII de la République, ce sont plutôt les contradictions internes du sensible qui produiront une réflexion sur le statut du nombre. Quoi qu’il en soit, le rôle de catalyseur de la sensation n’est donc pas seulement une affaire d’association d’idées « automatique », mais est lié à la structure même de celle-ci. (p. 48)

Peters